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Le mariage

Tambala Bagayoko

Tambala Bagayoko

 Raconté par Talamba BAGAYOKO et Moussa KEITA

(Extraits du texte transcrit par Lancéni Balla Keita)

 

Ici à Nana-Kéniéba, le mariage est considéré comme le moyen le plus direct pour avoir des liens de sang avec une famille, un village, une région, un pays et un continent. Le mariage se fait encore traditionnellement à Nana-Kéniéba. Il se fait sans acte écrit. De plus en plus avec la présence de l’administration, le mariage exige des actes officiels, comme la preuve de l’union entre un homme et une femme.

Moussa Keita

Moussa Keita

Pour les populations, le plus important est l’engagement des deux familles (celle du prétendant et celle de la prétendante) à valider l’union. Exceptées les quelques raisons ci-dessous, aucune autre n’entraînait le divorce dans notre localité du Mandé :

  1. le décès de l’un des conjoints

  2. l’impuissance sexuelle du conjoint

  3. l’incapacité du conjoint à nourrir son épouse

4. Les injures d’un des conjoints à l’endroit des parents de l’autre conjoint.

Autrefois, ce sont les parents qui choisissaient le partenaire ou la partenaire de leurs garçons ou filles sans l’avis de l’intéressé. C’est après que l’intéressé était informé de la décision des parents, et avait l’exigence d’accepter ce choix car en général, le garçon se marie toujours dans la famille de sa mère (donc à une cousine), tandis que la fille se marie dans la famille de son oncle maternel à un cousin. Ce schéma n’est pas systématique car il dépend de la disponibilité dans la famille pressentie.

Il y a un code déontologique pour le mariage dans notre société. Selon que l’on est du côté de la fille ou du prétendant, les langages qui servent à sceller le mariage sont différents. Il y a toujours des intermédiaires pour arranger les mariages entre les familles.

Ces démarches sont effectuées aux noms des familles concernées. Ces intermédiaires peuvent être des griots, des forgerons et autres considérés comme les hommes de caste dans notre société. Ils sont très éloquents dans le langage et connaissent les liens entre les familles, les villages et les régions. Ce sont des hommes de culture également.

C’est avec la civilisation de l’automobile et le brassage des hommes que les mariages se font actuellement avec des villages ou des régions très reculées.

La dote changeait d’une zone à une autre car le Mali est un pays vaste et varié. La dote n’était pas élevée. Elle se résumait à dix noix de colas et une jarre de bière de mil.

C’est avec l’arrivée des manœuvres saisonniers de la Côte d’Ivoire et du Sénégal vers les années 1960, que les pagnes et les chaussures ont fait leur apparution dans la dote et cela pour prouver que le prétendant a beaucoup voyagé et a les moyens de ses ambitions.

La dote actuelle pour marier une femme en milieu rural, en plus de ce qui vient d’être cité plus haut, se résume à :

  • 20 000 F CFA en espèce.

  • Une vache pour la mère de la fiancée.

Cependant d’autres dépenses se font pour agrémenter le mariage. Ce sont :

  • 25 000 F CFA à remettre à la mère de la fiancée pour constituer le trousseau de mariage paradoxalement nommé ‘’trousseau vétuste’’ alors qu’il est neuf.

Ce terme fait naître une plaisanterie entre les deux familles et le griot chargé des démarches, et cela suffit à prouver que le mariage a toujours été une scène de plaisanterie sociale entre les belles sœurs d’un côté et les beaux frères de l’autre. Cette scène montre le côté positif de notre culture en matière de mariage.

  • 2 000 F CFA pour le papa de la fiancée

  • 500 F CFA pour les frères de la fiancée

  • 500 F CFA pour la coépouse de la maman à la fille

  • 500 F CFA pour les frais de démarche du mariage

  • 200 F CFA pour les grands parents de la fiancée considérés en terme de plaisanterie comme ses ex-maris avec lesquels elle a divorcé sans regret.

Une grande cérémonie est organisée le jour du mariage pour accompagner la femme chez le démarcheur du mariage. Les parents de l’époux assurent la nourriture de ceux qui ont été désignés par la belle famille pour accompagner la fiancée dans sa demeure conjugale.

Parmi ces accompagnants on trouve généralement l’oncle paternel de la fiancée, qui est le chef de mission,

  • la coépouse à sa maman ou sa tante paternelle

  • un de ses frères.

  • Une petite sœur à la fiancée, qui grandira sous la surveillance de sa grande sœur dans le nouveau foyer conjugal. Elle devient en toute circonstance l’accompagnatrice de sa grande sœur.

Le nombre d’accompagnants varie de 3 à 12 personnes.

Egalement les parents de l’époux, ses amis de même âge, ses sœurs, ses tantes organisent le même genre de cérémonie pour accueillir la fiancée dans son nouveau cercle.

Au Mandé les joueurs de Djembé ont un grand rôle dans les cérémonies de mariage. Les joueurs accompagnés de chanteuses événementielles ou de cantatrices professionnelles conduisent la nouvelle mariée à son foyer conjugal. La chanteuse principale est une vedette qui a l’art de transformer les mots et faits en chansons et cela pour magnifier les hauts faits et le degré d’humanisme des deux familles concernées par le mariage.

Les chansons relatives à ces événements sont très significatives et contiennent beaucoup de mots d’amour, de regret pour la fin de la jeunesse pour la femme. Elles contiennent aussi plusieurs conseils pour l’avenir du nouveau foyer, notamment des conseils relatifs au comportement de la femme vis-à-vis de son mari, de ses beaux parents, et des personnes de son entourage immédiat.

Mais actuellement, le milieu rural essaye de copier sur la ville dans la célébration du mariage qui comporte 3 étapes fondamentales : le mariage civil, le religieux et la cérémonie d’accompagnement de la fiancée.

Contrairement au mariage traditionnel célébré dans les villages, dans les villes les conjoints se choisissent avant le mariage. Un tel mariage a l’inconvénient de ne pas résister au temps, car ils ne sont soutenus par aucun élément de pression sociale telle que : les relations familiales, l’identité culturelle etc.

Auteur : Lancéni Balla Keita

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur